Le blog de Jean-David Desforges

Plongée : que faire si vous trouvez un trésor englouti ?

20 Novembre 2014 , Rédigé par Jean-David Desforges Publié dans #Législation

[FRANCE] Lu sur figaro.nautisme.fr


L'Unesco estime à trois millions le nombre d'épaves encore à découvrir au fond des océans et 150.000 à 200.000 d'entre elles reposeraient dans les seules eaux françaises, selon la direction des recherches archéologiques sous-marines. Et si vous trouviez l'un de ces trésors immergés ?

Vous pensez que ce type de découverte est impossible ? Avez-vous entendu parler de la Lomellina, ce navire gênois coulé en 1516 dans la baie de Villefranche-sur-Mer et retrouvé en 1979 par 18 mètres de fond ? Ou de cette œnochoé (cruche de la Grèce antique) en bronze, de style pompéien, découverte en 2008, en très bon état de conservation, au cours d'une chasse sous-marine au large du Cap d'Agde ? Ou encore de ces canons, mis au jour dans la rade de Pointe-à-Pitre, que les archéologues soupçonnent aujourd'hui être ceux de La France, un navire de commerce naufragé au XIXe siècle ? Toutes ces merveilles sont des découvertes fortuites. Et le département des recherches archéologiques sous-marines (Drassm) estime qu'il reste entre 150.000 et 200.000 épaves dans les eaux françaises, dont une estimation de 20.000 pour les seuls rivages de la métropole. Beaucoup sont des épaves antiques, situées en Méditerranée. En Atlantique, les vestiges sont souvent de l'époque moderne (XVIe - XVIIIe siècle).

Alors que faire s'il vous arrive, à vous aussi, de trouver par hasard un canon, une jarre, un vase, ne serait-ce qu'un petit col d'amphore, au cours d'une plongée ? En France, la loi du 1er décembre 1989 relative aux biens culturels maritimes est très claire : interdiction d'y toucher. Tout bien culturel maritime appartient à l'État (si son propriétaire n'est pas susceptible d'être retrouvé, ou s'il ne l'est pas dans un délai de trois ans - ce qui, on l'imagine aisément, est la majorité des cas). Deuxième point : vous devez, dans les 48 heures, déclarer votre découverte auprès de l'administration des Affaires maritimes, qui la transmettra à la direction des recherches archéologiques sous-marines (Drassm). Vous deviendrez alors son inventeur et pourrez prétendre à une récompense pouvant s'élever, dans le cas d'une découverte d'intérêt scientifique exceptionnel, à trente mille euros.



L’archéologie sous-marine est née en France

Qu'est-ce qu’un « bien culturel maritime » ? Selon la même loi de 1989, il s'agit des « gisements, épaves, vestiges ou généralement tout bien, présentant un intérêt préhistorique, archéologique ou historique, qui sont situés dans le domaine public maritime (jusqu'à 12 milles marins, ndlr) ou au fond de la mer dans la zone contiguë (jusqu'à 24 milles marins, ndlr). » La direction des archives archéologiques, adossée au ministère de la Culture et basée à Marseille, est en charge de ce patrimoine immergé. Tout sondage, prospection, a fortiori fouille sous-marine, ne peut être entrepris sans son autorisation.
Créé en 1966 par André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, cette direction fut le premier service au monde dédié à la recherche en archéologie sous-marine. Il reçoit les déclarations de découvertes, instruit les demandes et délivre les autorisations de sondage et de prospection, il contrôle et dirige également les opérations de fouille dans le domaine public maritime.



Le laboratoire expérimental de la Lune



Si les pillages sont moins nombreux que dans les années 1970-1980, beaucoup d'épaves restent menacées. Même les plus profondes ne sont plus épargnées, face au progrès de la technologie offshore, à l'évolution des appareils de plongée autonome, ou aux chalutiers de grands fonds. Doté depuis 2012 d'un nouveau navire de recherche - à juste titre baptisé André Malraux -, la direction archéologique (Drassm) travaille depuis plusieurs années déjà à la mise au point de techniques appropriées à l'expertise et à l'étude des épaves de grande profondeur. Modélisation 3D, réalité augmentée, nouvelle robotique notamment, ont été expérimentées avec succès sur l'épave de la Lune lors de sa dernière campagne de 2012. Le vaisseau amiral du roi Louis XIV, qui a sombré en rade de Toulon le 6 novembre 1664 par 90 mètres de fond, fait désormais office de laboratoire expérimental des techniques d'investigation par très grand fond. Mais la route vers les abysses est longue. « La mer est le plus grand musée du monde », disait l'archéologue français, Salomon Reinach, en 1928.

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