Le blog de Jean-David Desforges

Le détecteur de mé...moire

31 Mai 2014 , Rédigé par Jean-David Desforges Publié dans #Mes billets

Le détecteur de mé...moire

[LES SUPER-OBJETS] Deux types d’objets permettent aux détectoristes de s’attirer la sympathie du public : les alliances et les plaques militaires. Touchant au domaine affectif et à l’histoire d’un individu, ces objets sont des otages parfaits pour les pilleurs.

Les alliances sont souvent recherchées à la demande des propriétaires imprudents. Dans ce cas, on observe une tendance internationale à la célébration du « retour » de l’objet au doigt nu. Une photo dans le journal, une brève pour relater les sentiments : panique, secours, accomplissement dans un second mariage symbolique. Il est très intéressant d’observer comment le détectoriste, par le truchement de son détecteur, est placé sur un piédestal tout en développant une modestie de bon samaritain. Il remplace le maire et le prêtre. Il relie ce qui a été délié. Quoi de plus magique aussi dans l’esprit du public que l’usage de cet appareil électromagnétique ? Un pouvoir est clairement conféré. C’est la mission. Ce scénario se répète à l’envie chaque semaine, dans certains cas basé sur une véritable demande, dans d’autres, fabriqué de toutes pièces pour profiter des pigistes estivaux, comme ce fut le cas sur les plages bretonnes ces dernières années. L’honneur cependant est bien présent. Autant le faire rejaillir sur l’association, la fédération, la « communauté » des détectoristes !

Mieux que la prière à Saint-Antoine de Padoue, le n° de téléphone du pilleur du coin.

Pour les plaques militaires, le mécanisme est plus difficile à mettre en place. En effet, où trouve-t-on ces plaques ? En plusieurs circonstances, à commencer par le cadavre du combattant. Mais il est aussi vrai que les soldats renouvelant leurs plaques, les anciennes se retrouvent au dépotoir. Lors de manœuvres hors temps de guerre, il est aussi possible que ces plaques se perdent. A travers toute la palette des possibilités, il faut bien trouver LE cas qui permette un renversement de la perception, à sortir de l'image du détrousseur. Avec l’exemple récent publié dans Sud-Ouest, juste à la veille du centenaire de la mobilisation générale, un détectoriste détourne l’attention. Non, il n’est pas un pilleur. Oui, la découverte de cette plaque fait de lui un maillon de la Mémoire. Et pourtant…

On ne le répétera jamais assez : un objet est l’indice d’une occupation humaine, d’un ensemble de gestes. Cette plaque retrouvée sur les vestiges d’un camp militaire du Centre Ouest de la France ou sur un champ de bataille de l’Est, c’est la même chose : un pillage.

Mais dites-moi ? Que faisait M. Gonzalez sur cet ancien camp des années 1890-1900 ?

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