Le blog de Jean-David Desforges

Encourager le pillage enrichit

1 Février 2014 , Rédigé par Jean-David Desforges Publié dans #Mes billets

[FAISONS LE POINT] L’association Halte au Pillage au Patrimoine Archéologique et Historique (HAPPAH) et ses actions handicapent de plus en plus sérieusement le milieu de « la détection de loisir ». Notre travail depuis presque six ans, nos rencontres avec les pouvoirs publics et notre présence soutenue dans les médias poussent les tenants de cette activité illégale dans leurs retranchements. Parmi nos actions emblématiques, et même à l’origine de notre association en Bourgogne, nous comptons une sensibilisation continue dans la région de Tournus par plusieurs de nos membres, par ailleurs actifs prospecteurs bénévoles du Groupe de Recherches Archéologiques de Tournus (GRAT). Leur travail scientifique et patrimonial, entravé par le mitage et les fouilles au détecteur de métaux les avait alors convaincu d’aller au devant des nombreux prospecteurs clandestins plutôt que de se résigner ou d’abdiquer dans une collaboration de dupes. Longuement, ces utilisateurs de détecteurs ont été rencontrés, avec des échanges de points de vues, des explications sur la nuisance de leurs gestes sur un patrimoine fragile, qu’ils affirment paradoxalement apprécier. Une pédagogie du quotidien dont on voit aujourd’hui les effets avec une recrudescence du pillage (voir le billet du 11 décembre sur ce blog). Faut-il alors renoncer à protéger le patrimoine archéologique de cet manière ? Pourquoi la pédagogie apparaît comme un échec ? Les raisons sont multiples, entre l’addiction de l’activité et ce qu’elle peut rapporter, il faut également compter la désinformation constante faite par des marchands de détecteurs et d’objets archéologiques, ceux auxquels le pillage profite pour le formuler autrement. Si depuis des années l’une de leurs stratégies est de tenter le discrédit de l’association Halte au Pillage par de menus mensonges, les plus grossiers de leurs fils consistent à clamer :

  1. que la détection de métaux ne concerne pas les objets archéologiques métalliques ;
  2. que les objets archéologiques métalliques ne sont pas des indices de vestiges archéologiques ;
  3. que leur activité est un loisir.

Tout ceci les exonérant à leurs yeux de respecter le Code du Patrimoine, cette triple négation est aussi d’une formidable incohérence. Prenons une citation d’un commerçant, détectant lui-même, qui courre actuellement sur les fora de détection-pillage : « l’auto(risation) administrative, précieux sésame qui n’est jamais délivré, est réservé pour les fouilles professionnelles des archéologues(1). Nous faisons de la détection de loisir dans les premiers 30 cm au hasard, donc cette auto(risation) préfectorale ne s’applique pas à nous… » A cause de cette cuisine au gros sel, des personnes peu ou prou intéressées par le patrimoine et l’archéologie se tournent vers l’acquisition d’un détecteur, se trouvant enveloppées de l’illusion d’être dans leur bon droit, alors qu’elles s’apprêtent à mettre le doigt dans l’engrenage du délit de la détection. Malheureusement, ce sont très souvent ces « primo-détectant » qui se retrouvent face aux gendarmes et au tribunal. D’autres, déjà mordus de la détection, vont se retrouver confortées plutôt que de voir naître un doute sain et souhaitable. Parmi les « détectoristes-pilleurs » du Tournugeois, nous rencontrons ces deux profils. D’autres expériences dans d’autres régions, des témoignages même, nous confirment l’origine commune du problème : la manière de vendre les détecteurs de métaux. On peut facilement rentrer en détection. On en sort difficilement. Quand des boutiquiers et leur stratégie commerciale mettent la main sur un client, ils ne le lâchent pas. L’association HAPPAH demande donc aux Ministères de la Culture, de l’Intérieur et de l’Environnement :

  • de mettre en place le plus rapidement possible l’immatriculation des détecteurs de métaux en vente ou déjà vendus de manière à recenser leurs propriétaires ;
  • de les contraindre comme le proposait le CNRA en 2011 à reconnaître par écrit avoir connaissance et compréhension du Code du Patrimoine et des articles des Codes Civil et Pénal concernant le pillage ;
  • d’éco-taxer la vente des détecteurs, puisque les marchands utilisent le ressort de la dépollution ;
  • de poursuivre les contrôles des utilisateurs de détecteurs et de mener des enquêtes en flagrance dès que possible.

Le patrimoine archéologique n’a pas de prix mais le pillage a un coût que nous payons tous pour le profit de quelques uns. (1) On ne s’appesantira pas sur la confiscation des notions de prospecteurs et de bénévoles.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article