Le blog de Jean-David Desforges

Ebay, terre virtuelle du pillage

28 Novembre 2013 , Rédigé par Jean-David Desforges Publié dans #Prise de position, #Lutte contre le trafic

Ebay, terre virtuelle du pillage

[FRANCE] Fin novembre, dans le cadre de ses recherches sur les ventes illicites d'objets archéologiques sur Ebay, l'un de mes collègues de l'association HAPPAH, Eric, tombe sur une annonce proposant à la vente "une fibule en or"... Mise à prix : 499 euros. Qui dit mieux ?

Gilles Cavaillé dit mieux, voire plus. En fait, il dit tout sur son blog en avril dernier. Ce vendeur de détecteurs, et promoteur de la chasse à l'objet archéologique (avec ses appareils SVP) offrait tribune à un "détectoriste" s'enthousiasmant d’être l'élu du "hasard" forcé par l'électronique.

La notice est rédigée en ces termes : "Magnifique trouvaille faite à la Billebaude dans un petit bois du Gers par un prospecteur qui a désiré rester anonyme : un restant de bijou antique, un pectoral peut-être, bien que la taille (55 à 60 mm dans sa plus grande longueur) le rende un peu petit pour ce type de bijou. Le travail est d’une minutie magnifique, la base du pectoral est un fil d’or enroulé sur lui-même tour après tour pour constituer la plaque."

Une pointe de jugement esthétique associée à quelques critères techniques et descriptifs confèrent à l'auteur la qualité d'expert, d'autant qu'il évoque typologie et éléments de comparaison... Pour continuer dans la tonalité pseudo-scientifique, Gilles Cavaillé écrit : "Le bijou me parait être de nature celtique Ve-IIIe avant notre ère." Comment le sait-il ? Quels critères lui permettent d'avancer cette attribution chronologique ? D'autres éléments sur le lieu de la découverte l'autorise-t-il a être aussi précis ? Non ! Car sinon l'objet proviendrait d'un site, et il s'agirait de pillage ! Mais que l'auteur parle ou non du lieu de la découverte, la seule présentation de cet objet signe le délit.

La pièce étant visiblement incomplète, et par conséquent d'une valeur amoindrie, Monnaies et Détection conseille "à l’inventeur d’essayer de trouver les petites parties manquantes, non pas au détecteur mais à la batée en lavant la terre". En d'autres termes de poursuivre des fouilles archéologiques clandestines.

Avec la présentation de cette découverte, nous avons une partie de la chaîne du pillage mise en lumière : un utilisateur de détecteur de métaux sans l'autorisation de l'utiliser découvre un objet archéologique. Mais nous objectera-t-il, cette découverte est l'effet du hasard !

Non. Non car même en usant et abusant du terme de billebaude, il ne s'agit pas de hasard. La chasse à la billebaude est un relâchement de la stratégie mais elle n'en reste pas moins chasse avec le but de ramener du gibier. Quant à l'utilisation du détecteur... cet appareil étant une sonde et nécessitant un peu de technique, son manipulateur perd l'excuse de la découverte fortuite.

Et encore non. Cet objet n'est ni perdu ni isolé. Il se trouvait dans un milieu forestier préservé. On ne doute pas que le lieu de la découverte est mémorisé, ne serait-ce que parce qu'il est considéré comme "un bon coin" sur lequel il faudra "appuyer".

Revenons à Ebay. Les objets provenant ainsi d'une découverte au détecteur sont par définition volés. Nul doute que si l'inventeur était le propriétaire, il n'aurait pas précisé "découverte à la billebaude". Il n'aurait pas fanfaronné sur le web. Autre point intéressant sur cette vente : les profils, leur localisation et la liste des transactions. Profils éphémères pour un achat discret ?

L'affaire suit son cours. Le travail sur Ebay aussi. Ebay dont l'image se ternie au fil des transactions illicites de biens culturels qu'il autorise, hors de tout contrôle des États.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article