Le blog de Jean-David Desforges

Eloge du pillage

11 Décembre 2012 , Rédigé par Jean-David Desforges Publié dans #Mes billets

[INDIGNATION] Quasiment personne ne sait que chaque jour, et plus spécifiquement les week-ends, des milliers d’objets archéologiques sont extraits clandestinement du sol et décorrélés à jamais de leur contexte, soustraits à la connaissance, saccagés par des conditions de nettoyage et de conservation aussi déplorables que scandaleuses.

Toutefois, il se trouve que de manière très exceptionnelle, une monnaie, au prétexte qu’elle serait le seul exemplaire d’un type « rarissime » en bon état apparaît dans la presse… On se demande d’emblée pourquoi la rareté d’une monnaie augmente sa valeur scientifique. Et l’on découvre aussi que la valeur scientifique peut augmenter !

Hannibal 73, dans son interview, annonce qu’ils sont des milliers à piller et à échanger des informations sur internet. Ils connaissent la loi. Cet Hannibal la cite, l’explique. Enfin ! L’association HAPPAH n’a de cesse d’informer les médias que le pillage existe en France, au même titre qu’au Pérou, en Irak, en Angleterre et ailleurs. Il se trouve toujours un utilisateur de détecteur pour se plaindre, prendre le contre-pied et arguer que c’est un loisir.

Dans ce contexte précis, on nous avoue que c’est tout autan une passion qu’un délit commis en totale connaissance de cause ! Les commentaires qui accompagnent l’article sont éloquents.

Mais que pourrait devenir cette monnaie ? Simple : être vendue à un numismate et disparaître comme toutes les autres monnaies sur le marché de la collection. On précisera au passage que depuis bien longtemps des numismates vendent toutes sortes d’objets archéologiques métalliques… et fréquemment des détecteurs de métaux !

Mais poursuivons : Hannibal n’ira pas jusqu’à Capoue. Il continue de rançonner le sol de Savoie. Il a une véritable carte archéologique en tête, s’imaginant être le seul à détenir ses données. Pourtant, les services régionaux de l’archéologie enregistrent régulièrement de nouvelles entités archéologiques grâce au travail des véritables archéologues-prospecteurs et bénévoles. Protégés par la loi, ces sites sont pourtant pillés… en pleine connaissance de cause.

Pour empêcher le pillage, il faudrait selon Hannibal, le payer pour continuer «officiellement». Comme la mafia réclamant une rémunération pour sa protection contre le racket ?

Devant tant de malhonnêteté, devant cet aveu de pillage de notre héritage commun, l’HAPPAH demande solennellement aux pouvoirs publics de prendre toutes les mesures pour identifier Hannibal 73, saisir sa collection et son matériel et le poursuivre en Justice. L’HAPPAH, association 1901 agréée par le Ministère de la Culture, afin de protéger le patrimoine archéologique, se portera alors partie civile et nous reparlerons de la valeur scientifique au tribunal.

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