Le blog de Jean-David Desforges

Le site archéologique de Roquelaure dégradé

26 Août 2008 , Rédigé par Jean-David Desforges Publié dans #Lutte contre le pillage, #Prise de position

[FRANCE] Lu sur ladepeche.fr

Roquelaure (32) - Patrimoine. Un chantier a débuté le 11 août sur cet important oppidum. Ce week-end, il a été visité.
Philippe Gardes ne décolère pas. Au bord du chantier de fouilles qu'il supervise à Roquelaure, cet archéologue de l'INRAP1 regarde les dégâts. Ils sont l'œuvre de « clandestins qui sont passés ce week-end avec des poêles à frire », suppose-t-il. Poêle à frire est le petit nom du détecteur de métaux, objet dont l'utilisation est strictement réglementée. La loi prévoit en effet que pour « utiliser du matériel permettant la détection d'objets métalliques, à l'effet de recherches de monuments et d'objets pouvant intéresser la préhistoire, l'histoire, l'art ou l'archéologie », il faut obtenir une autorisation délivrée par le préfet de région après avis de la DRAC. Sans cela, le détecteur s'expose à une contravention de cinquième catégorie. Rares sont ceux qui le font. Outre le fait qu'ils privent le chantier d'objets intéressants, ces « chercheurs de trésor » enlèvent les monnaies qui aident à dater les couches archéologiques et brouillent celles-ci.
sous surveillance

Ce chantier a ouvert le 11 août mais l'équipe n'a atteint les niveaux archéologiques que la semaine dernière. « Je n'étais pas rassuré alors dimanche j'ai demandé à quelqu'un d'aller faire un tour sur le site », raconte l'archéologue. Les bâches recouvrant les deux excavations étaient ôtées. Les archéologues ont comptabilisé une trentaine de petits trous, profonds d'une dizaine de centimètres. Peu ou prou la capacité des détecteurs. Dans l'un d'eux gisait une amphore. Elle a été mise de côté « pour atteindre ce qu'il y avait en dessous » et remise en vrac. Plus loin, un clou de fer est posé à côté d'un trou. « Ces gens-là cherchent des objets en bronze qu'ils vont vendre », s'énerve Philippe Gardes. L'archéologue a porté plainte auprès de la gendarmerie d'Auch. Philippe Comeille, le propriétaire du terrain, est tout aussi démonté. « Pour leur bien-être, ces égoïstes ont saccagé le travail de jeunes qui font ça bénévolement », dit-il. Cet agriculteur s'est pris d'intérêt pour l'archéologie, comme son oncle, véritable passionné. Ce n'est pas la première fois qu'il y a des visites en douce. « Des gens avec des détecteurs de métaux, j'en ai sortis beaucoup, gentiment », se souvient-il, « ils viennent de Toulouse, de Pau… A partir de maintenant, je ne veux plus une seule voiture ici », dit-il, « c'est dommage car j'avais rencontré des gens intéressants, qui venaient simplement visiter ». Ce chantier n'est pas le premier à être dégradé dans le Gers. Désormais, les archéologues ne laisseront plus le site sans surveillance. Ils y camperont chaque nuit et chaque week-end. F.R.

1. Institut national de recherche en archéologie préventive.
Six siècles d'histoire sur un lieu majeur

Connu depuis deux siècles, recensé dans la carte archéologique du Gers, le site de Roquelaure a fait l'objet de fouilles importantes dans les années 1960. Elles ont notamment livré l'impressionnant pan de peinture murale (un Bachus grandeur nature) exposé au musée d'Auch. Un nouveau programme a débuté en 2006 et court jusqu'en 2010. Financé par l'Etat, le conseil général et l'université Toulouse Le Mirail et mené par l'INRAP à raison d'un mois par an, il porte sur « l'oppidum protohistorique et la domus augustéenne ». « C'est la première fouille depuis cinquante ans sur les Gaulois », souligne l'archéologue Philippe Gardes.

Car en moins de deux mètres de terre se succèdent six siècles d'Antiquité, de 600 avant Jésus-Christ aux environs de J.-C.. Trois grandes phases d'occupation ont marqué l'endroit, de -600 à -500, de -150 à -50 puis l'époque de la villa, la plus connue. « Ce bâtiment est une anomalie, il est très précoce, très grand et sur une hauteur », lance l'archéologue qui hésite entre plusieurs hypothèses : l'habitation d'un aristocrate ou bien un lieu de pouvoir, militaire notamment. « Les plans de villa et de prétoire étaient les mêmes », dit-il. Ce bâtiment a longtemps été conçu comme isolé mais il aurait en fait été installé dans une petite ville, rare structure en dur au milieu de terre et bois. Si ce nouveau chantier s'intéresse à la villa, il veut voir plus loin, vers les vestiges gaulois enfouis plus profondément. Il a fallu attendre 2006 pour se rendre compte de leur existence. Plus fragiles, ceux-ci ont laissé des traces plus difficiles à déceler : sols de terre battue, trous de poteaux.

Outre les structures, ces premières campagnes de fouilles ont permis d'exhumer quelques objets : des céramiques, quelques objets en bronze, des bijoux en pâte de verre, un rare dé romain en os, des morceaux de mosaïques et des fragments d'enduits peints. Les dépotoirs (très précieux pour les archéologues) ont également révélé de grandes quantités de graines, blé, orge et petits pois. Une spécialiste interviendra ces prochains jours. Le travail des archéologues ne s'arrête pas aux fouilles. Les objets partent à Toulouse où ils sont étudiés. Car le but est de comprendre l'organisation des lieux et la vie des Gersois antiques. Philippe Gardes espère à terme organiser une exposition dans le Gers. F.R.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article