Le blog de Jean-David Desforges

L'archéologie entre marteau et enclume

19 Novembre 2004 , Rédigé par Jean-David Desforges Publié dans #Prise de position

[FRANCE] Lu sur ladepeche.fr

Trop de sites sont pillés et irrémédiablement endommagés.

Les archéologues aveyronnais sont pris entre le marteau et l'enclume. Le marteau, c'est l'envie et le besoin de communiquer au plus grand nombre possible les résultats de leurs fouilles et recherches. L'enclume, c'est le risque, trop souvent justifie par les faits, de donner des informations que des petits malins vont utiliser pour piller des sites.

Directeur de l'Association pour la sauvegarde du patrimoine aveyronnais, Philippe Gruat se dit écartelé. Il explique que l'association a toujours communiqué au bénéfice des Aveyronnais puisque c'est leur patrimoine qui est étudié. Cette proximité voulue et suscitée présente d'ailleurs des avantages puisque, outre la remontée d'informations parfois précieuses et d'alertes quand le patrimoine est menacé - ainsi des dolmens, elle permet aux Rouergats de s'approprier mieux de lointains vestiges. La traditionnelle journée départementale, prévue samedi (programme en page « Rodez pays »), illustre bien ce désir d'informer.

Mais, considère le même dans la foulée, presque tout dire ou publier est dangereux. Une poignée d'indésirables en profite pour piller, au mépris de la loi et d'une élémentaire éthique.

Les exemples abondent. Dernière illustration en date, le sac, récent, de la grotte de Sargel à Saint-Rome-de-Cernon. Protégé par une grille en fer, l'antre a été violé, volé et bouleversé ; à telle enseigne que tout travail archéologique ultérieur est désormais impossible. La solide porte qui protégeait ce sanctuaire a été enlevée et puis emportée par les auteurs de ce véritable raid. Sur le Larzac, s'indigne le même, des gangs équipés de 4X4 et de détecteurs de métaux sévissent. Il y a quelques années, un gendarme, muté depuis, membre de l'ASPAA, avait utilisé à son seul profit les informations dont il était destinataire, arrachant des vestiges à des sites archéologiques du sud du département.

Philippe Gruat, soulignant par ailleurs les méfaits de l'agriculture mécanisée qui fait se volatiliser dolmens et tumulus, souligne un autre danger. Celui que représente une frange d'utilisateurs de détecteurs de métaux. Munis d'infos faciles à se procurer, ils sont quelques-uns à sonder des sites archéologiques. Pour enrichir leur collection voire vendre, via internet, leurs trouvailles.

Thierry Routet, un des piliers de la jeune Association rouergate des utilisateurs de détecteurs de métaux (1) ne mange pas de ce pain-là. Il revendique respect de la loi et morale, et dénonce les agissements de quelques brebis galeuses qui ne respectent pas les « sites classés ou identifiés ».

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