Le blog de Jean-David Desforges

Les pillards dans le collimateur

16 Mai 2000 , Rédigé par Jean-David Desforges Publié dans #Lutte contre le pillage

[FRANCE] Lu sur ladepeche.fr

Un arsenal législatif protège les sites archéologiques contre les fouilles sauvages et clandestines. Même l'utilisation d'un détecteur de métaux peut être sanctionnée. Explications.

Qui n'a pas eu la tentation, un jour, de chercher une pointe de silex, une monnaie ancienne, des bijoux. Explorer des ruines apparemment abandonnées, sonder les vestiges d'un tumulus peuvent paraître comme des actes anodins. Il n'en est rien.

Une loi de 1941, revue en 1945, interdit de fouiller sans autorisation. Un décret de 1994- 1995 sur les dégradations volontaires des sites vient renforcer le dispositif. S'y ajoute la loi de 1989 réglementant l'usage des détecteurs de métaux dans un but archéologique.

Pourtant, ce barrage législatif ne décourage pas les pillards. Certains agissent par inconscience. D'autres agissent de manière quasi professionnelle alimentant des réseaux clandestins qui revendent les produits des fouilles sur les brocantes françaises mais aussi dans les pays du Nord de l'Europe, les Etats-Unis particulièrement friands de passé à bon compte.
Beaucoup d'argent en jeu

Un trafic énorme. On retrouve des filières qui rappellent, voire recoupent, celles des beaux meubles. Par exemple, une fibule romaine (sorte d'agrafe pour vêtements) pièce décorative très répandue, peut se revendre de 600 à 800 F. Le pillage se produit de jour comme de nuit et seule la vigilance du voisinage, les patrouilles de gendarmes peuvent contrarier cette pratique.

La crainte de fouilles clandestines hante les pensées des archéologues de métier. On sait avec quelle minutie ils opèrent sur les sites afin d'en extraire le maximum d'informations. Tout est important, la profondeur de l'objet dans le sol ou la pierre, sa position par rapport à d'autres, les différentes combinaisons, les minuscules débris mélangés à la terre.

En conséquence, toute intervention sauvage efface des traces. Un fragment de poterie ou de sculpture tiré de son contexte n'a plus aucune valeur pour un spécialiste. Le message venu des siècles passés s'est effacé.
2.000 sites dans le Lot

Or, le Lot dispose d'un patrimoine archéologique très vaste. Sans doute plus de 2.000 sites de toutes époques. Il commence à la préhistoire et concerne aussi le monde souterrain. Le millier de tumulus (monuments funéraires) disséminés sur tout le causse central se trouve particulièrement menacé par les fouilles sauvages mais aussi par les concasseurs agricoles.

Et la période gallo-romaine est également riche. Citons les oppidums de Luzech, Murcens, Colonjat, Vers, Saint-Jean- Lespinasse, Vayrac, Capdenac. Le Lot compte également un certain nombre de villae, grandes propriétés agricoles qui ont donné naissance à plusieurs de nos villages actuels.

On connaît mieux la période médiévale, ses châteaux et demeures. En remontant le cours du temps, on arrive jusqu'aux phosphatières du causse de Limogne! De plus, le passage de l'autoroute a révélé de nouveaux sites, heureusement traités dans les normes.

Tout ceci constitue notre patrimoine commun. Chaque fois qu'il est pillé à des fins commerciales et égoïstes, c'est une part de notre mémoire qui s'efface.
Les gendarmes veillent

La gendarmerie est, bien entendu, habilitée à procéder à des interpellations en cas de fouilles illégales. Une information spécifique a été donnée récemment par M. Fau, du service régional de l'archéologie à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), aux commandants de compagnie. De l'encadrement, le message va descendre jusqu'à la base via les chefs de brigade avec mission du commandement de renforcer la surveillance.
Christian CAZARD

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