Le blog de Jean-David Desforges

Grâce à la « poële à frire » ils retrouvent un riche passé

17 Août 1999 , Rédigé par Jean-David Desforges Publié dans #Les chasseurs de trésor français

[FRANCE] Lu sur ladepeche.fr

Chasse au trésor

Le marché des «poëles à frire» connaît un véritable boum. Ces nouveaux acheteurs courent les plages à la recherche d'argent et de bijoux perdus. Une pratique à la limite de la légalité désavouée par les puristes. Pourtant, un amateur d'histoire trouve, là, chaque année en moyenne, 400-monnaies anciennes.

Un revolver du XIXe-trouvé dans la forêt d'Eaunes, des pièces en argent jadis dissimulées dans le mur d'une bâtisse, des dés à coudre, des grelots, des pièces romaines, une fibule gauloise... Et un fer à cheval. La liste est hétéroclite, inépuisable... Tous les jours, les détecteurs de métaux exhument les objets les plus divers dénichés dans les endroits les plus inattendus. En MidiPyrénées, ces passionnés de la «poële à frire» sont plus d'un millier ; mais ils exercent leur art dans une semi-clandestinité, loin des regards des archéologues qui leur livrent une guerre effrénée. Ainsi, les prospecteurs découvrent à longueur de journée ce que les autres ont perdu pendant des années. Car, ce qui resurgit à la surface ne relève pas que des poubelles de l'histoire.
Cent pièces d'or

Un beau jour, Gilles Cavaillé, propriétaire à Toulouse du magasin Loisirs détection a vu arriver un paysan du Gers qui a payé cash un détecteur spécialisé dans la recherche d'or.

«Vous avez trouvé quelque chose», lui a demandé le vendeur. «Ça se pourrait bien», a répondu l'agriculteur peu disert. En fait, en labourant, Antoine avait ramassé dans son propre champ une centaine de pièces en métal précieux. Cinq de ces monnaies ont été revendues sous le manteau à Bordeaux pour 15.000-francs.

Les chasseurs de bijoux qui sévissent sur les plages, au lever ou au coucher du soleil, savent que cette activité peut se révéler très lucrative. Alain, un Lotois, avoue avoir trouvé 96-grammes d'or de bijoux en une seule journée sur les côtes de l'Atlantique. Là, il est préférable de venir après une forte tempête, ou au moment des grandes marées, quand l'eau, qui a brassé le sable, se déplace en formant des dunes. Et de telles histoires se comptent à la pelle.
«C'est le côté mercantile»

Aujourd'hui, quatre personnes sur cinq (surtout des femmes) achètent un détecteur pour l'utiliser sur les plages, rappelle Gilles Cavaillé. «C'est le côté mercantile qui prend le dessus et c'est dommage», souligne encore Joël, prospecteur depuis 20-ans et passionné par la civilisation romaine.

Face à cette dérive, les professionnels tentent de moraliser l'exercice d'une activité où il est nécessaire de poser des garde-fous. D'autant que l'on se situe toujours à la limite de la légalité (lire par ailleurs).

Chaque année, est organisé dans un coin de France un rallye «SOS Objets perdus» qui vise à restituer les objets égarés par leurs propriétaires... Quand on les retrouve.

Une manière aussi de se donner bonne conscience en précisant bien que «la prospection n'est pas le pillage des sites mais bien un loisir sain et éducatif...» Les archéologues, eux, n'en sont pas du tout convaincus.
« C'est comme un rêve d'enfant »

C'est un peu le poète prospecteur. Quand il trouve un dé en bordure de champ, ou encore un soldat de plomb, il pense tout de suite à la bergère qui s'est assise à cet endroit ou à l'enfant qui jouait près de sa mère. Les dés à coudre, il y en a vraiment partout, de toutes les époques et de toutes les grosseurs. En une seule après-midi, Jacques en a trouvé cinq dans un champ de Marquefave, près de Toulouse.

Et il les conserve tous. Ce qui intéresse cet employé administratif toulousain, c'est de pouvoir reconstituer l'histoire d'un lieu. Dans un même champ situé au sud de Toulouse, il a sorti de terre des monnaies espagnoles, italiennes, portugaises, argentines. Pourquoi ? Il se pose encore la question. Ailleurs, ce sont des médailles religieuses, des doubles-tournois Louis XIII, des pièces Napoléon-III, tous les grands classiques de la prospection quand on débute. «Cela fait 5-ans que j'utilise un détecteur de métaux. Cependant, il ne faut pas rêver.

La plupart du temps, on ne déterre que de vieux clous ou des bouts de ferraille. Mais, quand mon détecteur sonne, c'est comme un rêve d'enfant. L'objectif, c'est bien de trouver le trésor, car on y pense toujours...» Jacques s'est soumis à des règles strictes. Il ne va jamais sur les lieux de fouilles protégés, ne pénétre pas dans un champ sans l'accord du propriétaire, et il ne se rend jamais sur les plages : «Tout ce qu'on trouve dans le sable est directement monnayable. Ce n'est pas amusant. Et puis, c'est une autre mentalité.»
Ce que dit la loi

En Grande-Bretagne, le prospecteur reste propriétaire de ce qu'il trouve à condition de le déclarer. Toutefois, l'Etat peut exercer à tout moment son droit de préemption. En France, c'est beaucoup plus compliqué... La loi de décembre-89 stipule qu'on ne peut utiliser de détecteur pour rechercher des objets archéologiques sans autorisation administrative. En fait, les prospecteurs sont parvenus à identifier des sites dont l'existence peut rester ignorée de la direction des Antiquités. «Et, compte tenu des mauvais rapports qui se sont instaurés depuis des années avec l'administration, les prospecteurs préfèrent souvent garder leurs secrets pour eux», est-il souligné.

Rappelons que la propriété d'un trésor appartient à celui qui le trouve sur son propre terrain (art.-716 du Code civil).

Si le terrain appartient à autrui, ce trésor revient pour moitié à celui qui le trouve, et pour l'autre moitié, au propriétaire du fonds.

En outre, le code du prospecteur précise que tous les trous creusés doivent être rebouchés. En cas de découverte d'objets qui peuvent intéresser l'archéologie, il faut en informer la mairie ou la société d'archéologie locale. En fait, les magasins spécialisés, souvent dirigés par des passionnés, revendent à des collectionneurs du petit mobilier archéologique, à commencer par les pièces de monnaie.

J-M DECORSE.

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